Philippe Sollers

Une amitié de deux solitudes

 

 

 

 

Correspondance Ponge/Sollers (1957-1982)

 

par Lionel Dax
Université Sorbonne Paris Nord – Directeur de la revue Ironie

 


Hasard, plaisir des circonstances ou fidélité à l’esprit de Ponge, cette Correspondance entre Ponge et Sollers est publiée un mois après la mort de Sollers en juin 2023. Elle fait écho à la première conférence de Sollers sur un auteur vivant, Francis Ponge ou la raison à plus haut prix[1], qui va inaugurer sa guerre du goût, de L’Intermédiaire (1963) à Complots (2016).

 

Conversation vivante

 

La publication de Francis Ponge – Philippe Sollers, Correspondance (1957-1982)[2] invite à déplacer le regard. L’enjeu n’est pas seulement de documenter une amitié littéraire, mais d’observer, à hauteur de lettres, les stratégies dans le champ littéraire de l’après-guerre : Les forces en présence, la relation conflictuelle avec la NRF, les alliances et les points d’obstacle.

Dès les premiers échanges, le jeune Philippe Joyaux, futur Sollers, multiplie les marques d’admiration[3]. Le 5 avril 1957, il écrit : « Ces lignes sont seulement pour vous dire la joie que j’aurais de vous parler à bride abattue comme cette ancienne fois[4]. » Quelques mois plus tard : « Vous savez l’importance (à vrai dire assez décisive) qu’ont pour moi ces conversations[5]. »

Ponge répond avec une économie qui tient lieu de principe et plusieurs de ses lettres manquent. La lenteur, le retard, parfois le silence, participent d’une approche prudente. En 1960, il écrit à Sollers : « Il ne faut pas non plus laisser s’établir [biffé : l’habitude du] le silence[6]. » La formule, apparemment anodine, révèle une conscience aiguë du lien comme construction fragile.

Cette correspondance ne vaut pas comme confession, à part les évocations des états de santé, mais comme régulation d’une admiration qui devient très vite réciproque. Ponge note : « Ph. Sollers est venu me chercher nous avons parlé longuement[7]. » Les lettres laissent entrevoir une scène orale plus intense qu’elles[8]. Cette lacune constitue l’un des intérêts majeurs de l’édition établie par Didier Alexandre et Pauline Flepp, qui soulignent combien les lettres ne sont que la partie visible d’un échange plus continu, en intégrant également d’autres correspondances contextuelles qui éclairent les situations[9].

Sollers témoigne de ces moments de conversation intense avec Ponge en 1999, à l’occasion de la sortie du premier tome de la Pléiade :

La conversation est un art, souvenirs, anecdotes significatives, précisions historiques. [] Une discussion avec Ponge peut durer trois ou quatre heures. On laisse couler, on se tait, on reprend.  [] Toute la bibliothèque est désormais convocable, concentrée, sondée. Ponge est certainement le seul qui ait eu l’ambition de défendre à la fois la pensée des Lumières et celle qui a surgi de la modernité la plus aiguë[10].

 

Matérialité du langage et communauté de goût

 

L’accord initial repose sur une conception commune de la littérature comme pratique matérialiste de la langue. Dans sa conférence « La pratique de la littérature », donnée en juin 1960 et publiée le mois suivant, Ponge affirme :

On sait ce qu’on aime, il faut le choisir, il faut avoir le courage de son goût et pas seulement de ses opinions, parce que je crois que le goût est une chose plus vitale encore que les idées[11].

 

La primauté du goût sur l’idéologie fonde une éthique de l’écriture. Sollers y reconnaît une orientation décisive. À propos du texte du Cheval qui ouvre la conférence, il écrit en juillet 1960 : « Le “Cheval” est merveilleux[12]. » Le clin d’œil étymologique (Philippe, celui qui aime les chevaux) redouble symboliquement l’accord.

 

L’été 1959 à l’île de Ré constitue une scène fondatrice. Dans une lettre à Jean de Boisrouvray, Sollers décrit Ponge observant les choses, descendant de voiture pour vérifier « un mur, un bas-relief roman, une herbe, une fleur[13]. » Il rapporte cette formule attribuée à Ponge : « le vrai matérialisme, le matérialisme épicurien, c’est la préciosité, l’amour du détail[14]. » Et Sollers conclut par cette affirmation : « Devise pour Ponge, peut-être : tout lui fait face[15]. »

La matérialité n’est donc pas abstraction théorique, mais pratique de l’attention. Elle s’inscrit dans la continuité de Pour un Malherbe[16], où Ponge opposait déjà à l’emphase lyrique une exigence de précision et de tenue. Les lettres permettent de saisir la fabrication des deux grandes œuvres en parallèle, la publication de Pour un Malherbe, Le Grand Recueil[17], Nouveau recueil, Le Savon, La Fabrique du pré, les différents textes comme L’Abricot, Le Verre d’eau, La Table pour Ponge ; et Le Défi, Une Curieuse solitude, Le Parc, L’Intermédiaire, Logiques, Nombres, L’Écriture et l’expérience des limites, Lois pour Sollers ; jusqu’au livre commun des entretiens réalisés en 1967 et publiés seulement en 1970 après une négociation de droits entre le Seuil et Gallimard.

 

Stratégies éditoriales et alliances

 

La correspondance permet en effet de suivre les opérations concrètes au sein du champ littéraire. Ponge intervient auprès de Jean Paulhan pour soutenir Sollers dès 1957, qu’il présente comme « l’un des grands écrivains de sa génération[18] ». À Marcel Arland, il écrit qu’il faut se souvenir « d’Aragon, de Malraux jeunes[19] » pour trouver un équivalent. Ponge souligne la « classe extraordinaire[20] » de Sollers[21]. Ces démarches amicales participent d’une stratégie de transmission et d’alliance. Philippe Forest a bien décrit cette configuration :

Pour qu’elle se noue, il fallait le concours des rencontres de hasard et la fatalité des sympathies réciproques. On voit bien, cependant, en quoi ce rapprochement satisfait pleinement une double symétrique attente : parvenu à la soixantaine, un poète est à la recherche de disciples qui garantiront le devenir de son œuvre, tandis que, de leur côté, de jeunes gens espèrent un mentor qui les consacrera écrivains. L’histoire de cette alliance fut aussi celle d’une amitié[22].

 

La relation Ponge/Sollers s’inscrit pleinement dans cette double attente. De son côté, Sollers œuvre à faire reconnaître Ponge, notamment à travers Tel Quel. Le premier numéro, printemps 1960, s’ouvre sur « La Figue (sèche) » et se clôt sur « Proême »[23]. L’intégration de Ponge au dispositif de la revue constitue un geste fort : il s’agit de l’inscrire dans une avant-garde en formation et de l’aider financièrement.

Durant la période qui va du premier numéro de Tel Quel jusqu’à l’année 1966, les deux hommes se soutiennent mutuellement contre l’adversité de certains critiques, contre la NRF, et défendent leurs œuvres. Sollers cherche de son côté à rencontrer André Breton, Michel Leiris et Georges Bataille. Ponge écrit en 1960 pour preuve de leur amitié : « Qu’on essaye de nous séparer, voire de nous brouiller, c’est de bonne guerre. Mais je suis bien sûr qu’on y échouera (n’est-ce pas[24] ?) » Sollers lui répond : « Il me tarde de vous voir. J’espère bien que vous ne doutez pas de moi ? Dieu merci, mon ambiguïté est ailleurs[25] ! »

Cette correspondance évoque également un soutien fort dans les périodes de crise ; et Malraux, comme Mauriac et Paulhan, devient un personnage clé pour résoudre les difficultés financières de Ponge et la réforme militaire de Sollers.

 

Politique et divergences esthétiques

 

Les divergences apparaissent en filigrane dès le début des années 1960. À la mort de Louis-Ferdinand Céline, Sollers écrit : « Frappé par la mort de Céline. C’est quand même bien au-dessus de la plupart de “nos romanciers”[26] ». Ponge répond à propos de Voyage au bout de la nuit : « ce livre m’a paru négligeable. Fermé. Jamais plus ouvert[27]. » À d’autres moments, ils se retrouvent. En 1964, Sollers admire le texte de Ponge sur Giacometti, Joca Seria[28], et découvre Venise, parle du Don Juan de Mozart vu à la Fenice et des peintres : « Bellini et Tintoret sont, il est vrai, inépuisables[29]… » Sollers partage dans ses lettres son intérêt pour Dante[30], Maître Eckhart, Sainte Thérèse d’Avila, Saint Jean de la Croix et les écrivains du baroque espagnol, Gongora, Gracian et Calderon[31]. Mais Ponge ne rebondit pas sur ces évocations. Son silence est parlant. L’écart, ici esthétique, annonce une divergence plus large[32]. Ponge tente avec difficulté de commencer un texte sur Sollers en mai 1965 : « Qualité de Philippe Sollers » qu’il n’arrivera pas à finir. Le brouillon se termine par cette phrase : « C’est plutôt moi qui en ai besoin, je veux dire d’écrire cet éloge[33]. »

À partir de 1966, l’inflexion politique de Tel Quel modifie l’équilibre de la revue. Sollers aborde de très loin son intérêt politique pour la Chine : « Vous savez que je m’intéresse depuis longtemps à la culture chinoise[34]. » Dans une lettre à Pleynet, Sollers se prononce pour une accélération de la dimension politique de la revue : « Il me semble donc urgent (…) d’accentuer notre réflexion politique » et il propose de créer un groupe parallèle, POLITIQUE, réunissant (avec sélection très sévère) tous ceux qui “voient” la situation[35]. » Sollers continue : « Ponge, qui devait venir, s’est excusé au dernier moment, sentant peut-être que l’idéal social-démocrate ne serait pas à l’honneur[36]. » En effet, Ponge s’isole de plus en plus dans sa maison des Vergers, exprime ses critiques vis-à-vis du Lautréamont de Pleynet et part aux États-Unis pour une série de conférences en 1965 et 1966.

Ponge, fidèle à ses références se tient à distance de la rhétorique révolutionnaire. Dans ses brouillons de lettres qu’il n’envoie pas à Sollers, Ponge tente d’exprimer plus librement ses idées surtout en mai 1968 : « Les miens, vous le savez, sont Lucrèce, Malherbe, Lautréamont, plutôt que la Bible, le Tao, Marx, Lénine ou Georges Bataille[37]. » Face à la Tabula rasa désirée par les révoltes de mai 1968, Ponge répond à Sollers en se plongeant dans l’écriture de La Table : « que La Table doive être ma seule réponse (ma seule réponse, notamment, à l’histoire), vous n’en doutez pas, je suppose[38] ? » Dans le même message, il écrit :

Contestation, révolution, lutte des classes, impérialisme me font à peu près le même effet qu’amour, toujours, fleur, bonheur, cœur…[39]

 

La formule met sur le même plan grands mots politiques et grands mots lyriques : même soupçon à l’égard des abstractions[40].

Le conflit autour de la réédition du Ponge chez Seghers cristallise cette divergence. Retards répétés, silences, brouillons amers. Ponge écrit : « Objectivement, vous m’aurez lâché[41] ». La rupture n’est pas théorisée ; elle s’éprouve dans la temporalité différée du projet éditorial.

 

S’entendre pour s’entendre

 

Malgré la séparation, l’épisode des entretiens radiophoniques (1967, publiés en 1970) atteste une capacité rare à s’entendre pour s’entendre chacun à sa manière[42].

Jean-Marie Gleize écrit en 1988 :

Pas plus de parler de « malentendu », nous ne serions justifiés de voir, dans cette conjonction, rien d’artificiel. Sans doute la rupture, était-elle, à terme, inévitable. Elle n’en est pas moins, cette rupture, quoi qu’en puissent penser les principaux protagonistes, un évènement relativement négligeable au regard de ce qui, pendant toute une période, les a unis[43].

 

La correspondance donne ainsi à voir une configuration singulière : deux solitudes qui, pour un temps, conjuguent leurs forces sans jamais se confondre[44]. L’un construit sa position par le retrait et la persévérance dans les choses et le langage ; l’autre par la revue, l’intervention théorique et politique et sa pratique de l’écriture.

En ce sens, l’échange ne relève pas d’une simple amitié littéraire. Il constitue une scène de fabrique d’une œuvre, d’une revue, d’une transmission, mais aussi fabrique d’une distance acceptée comme telle. Il ne faut pas oublier, comme le soulignent Didier Alexandre et Pauline Flepp dans leur préface, que « l’horizon ultime demeure le partage de l’écriture et du fond de silence sur lequel elle se déploie[45]. »

C’est également sur un silence de plus en plus pesant que se termine cette correspondance en 1972[46]. Elle s’arrête avant la crise avec Pleynet à propos de son texte sur Braque dans Art press en 1974 qui vient souligner un désaccord profond[47]. Sollers, dans Un vrai roman. Mémoires, en 2007, regrettera ce temps des ruptures : « Il y a, de part et d’autre, des insultes idiotes. À mon avis, à oublier. J’ai beaucoup aimé et admiré Ponge, et la réciproque aura été vraie. » Sollers écrit une dernière lettre à Ponge en 1982. Il va rejoindre les éditions Gallimard et écrit Femmes. Il signe comme une ultime pointe de distance à son interlocuteur protestant : « Votre vieil ami papiste[48] » avec néanmoins une citation en latin du De Natura Rerum de Lucrèce qui tente d’ouvrir sur une réconciliation qui n’aura pas lieu. À la mort de Ponge en août 1988, Sollers écrit un texte en son hommage où il repense à cette belle amitié à laquelle il a toujours été fidèle :

Le vrai “post-moderne”, en un sens, c’est déjà lui, Lautréamont et Montesquieu mis sur le même plan, sans coupure, de même que Rimbaud et Malherbe, Picasso et Chardin. Retour en arrière ? Néo-classicisme ? Je m’en veux de l’avoir pensé lorsque nous nous sommes perdus de vue. Mais le “programme” de Ponge me paraît toujours juste : Il faut travailler à partir de la découverte, faite par Rimbaud et Lautréamont, de la nécessité d’une nouvelle rhétorique. Et non à partir de la question que pose la première partie de leur œuvre. (My Creativ Method).

Cette “nouvelle rhétorique” (qui évoque souvent la tentative de Joyce) donne naissance à des catégories décalées : la réson, plus fiable que la raison (les mots d’abord, les idées ensuite), et l’objeu (l’homme encombré d’images et d’objets se met à jouer, comme automatiquement, avec eux)[49]

 

Lionel Dax

 

 

Annexe 1 :

Extraits d’un texte inédit de Philippe Sollers

Brouillon d’une préface pour le n°1 de la revue TEL QUEL (fin 1959 ou janvier 1960) :

 

TEL QUEL
(Préface)

 

1.    Indépendance de la littérature (les idéologues, les « journalistes »)

2.    La perfection qu’on en peut attendre et pourquoi

3.    Qu’est-ce qui est beau ?

[]

Oui, l’amour de la perfection aura toujours de quoi irriter ceux qui remettent sans cesse à plus tard de s’y plier en toute conscience et préfèrent danser autour d’elle

[]

Ce qu’il faut dire aujourd’hui, c’est que la littérature n’est plus concevable sans une claire prévision de ses pouvoirs, par un sang-froid à la mesure du chaos où elle s’éveille, par une détermination qui mettre la poésie à la plus haute place de l’esprit. Tout le reste ne sera pas littérature. Voilà le mot de poësie lâché – et sans doute faut-il dire ici ce qu’il représente pour nous, la sensibilité que nous comptons affirmer.

[]

L’écriture qui est un peu notre fonction vis-à-vis du monde extérieur, notre façon de le saluer, de créer entre lui et nous une conscience, une intimité, une amitié de plus en plus grande, n’est en définitive qu’une entrée en matière.

[]

Rien, en définitive, ne nous serait plus agréable que d’être taxé d’éclectisme. Nous faisons ce que nous voulons et ce qui nous plaît. Et je ne vois pas de meilleure prétention que celle qui nous fait espérer réunir ici tout ce qui s’écrit – ou s’est écrit – de meilleur dans toutes les directions qu’il nous paraîtra bon d’emprunter. Il ne s’agit pas d’un départ, il ne s’agit pas d’un retour, ni d’une école, ni d’une coterie, ni d’une entreprise ingénieusement commerciale, il s’agit de LITTÉRATURE, et nous le prouverons.

 

 

 

Bibliographie :

 

Philippe Sollers, Francis Ponge, Éditions Seghers, coll. Poètes d’aujourd’hui, Paris, 1963 (réédition en 2001)

Entretiens Francis Ponge et Philippe Sollers, Seuil/Gallimard (1ère édition 1970), Points essais

Francis Ponge – Philippe Sollers, Correspondance (1957-1982), Didier Alexandre et Pauline Flepp, Paris, Gallimard, 2023

 

Francis Ponge, Œuvres complètes, t. I, éd. Bernard Beugnot, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1999

Francis Ponge, Œuvres complètes, t. II, éd. Bernard Beugnot, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 2002

 

Philippe Sollers, Éloge de l’infini, Gallimard, Paris, (1ère parution 2001), Coll. Folio, 2003

Philippe Sollers, Un Vrai roman. Mémoires, Éditions Plon, Paris, 2007

 

Jean-Marie Gleize, Francis Ponge, Coll. Les contemporains, éditions du Seuil, 1988

Philippe Forest, Histoire de Tel Quel, Paris, Seuil, 1995

 

Revue Mercure de France, n°1163, juillet 1960

(Textes de Ponge « Pratique de la littérature » et de Sollers « Francis Ponge ou la raison à plus haut prix »)

Revue Tel Quel, n°1, printemps 1960

(Textes de Ponge « La figue (sèche) » et « Proême » et texte de Sollers « Requiem »)

 

Philippe Sollers, Mort de Francis Ponge. Société du génie, Le Monde, 9 août 1988

 

Philippe Sollers, Brouillon manuscrit inédit d’une préface au n°1 de Tel Quel (vente ADER du 11 mars 2026)

 

Merci à Albert Gauvin et le site Pileface.com qui mettent régulièrement des archives inédites sur Philippe Sollers.

 

 



[1] Cette conférence a eu lieu le 17 juin 1960, dans la salle Louis-Liard de la Sorbonne, en présence de Ponge. Elle donnera lieu à un texte publié d’abord au Mercure de France en juillet 1960 et ensuite aux Éditions Seghers en 1963 pour la collection Poète d’aujourd’hui. Sollers commence ce livre par un avertissement : « Ce petit livre est un instrument de travail. Son but n’est que de proposer aux amateurs la curiosité d’une œuvre toujours ouverte, l’une des seules justifiées de notre temps. » Il met également en exergue cette phrase de Rimbaud tirée du poème « À une raison » des Illuminations : « Arrivée de toujours, qui t’en iras partout. »

[2] Francis Ponge – Philippe Sollers, Correspondance (1957-1982), Didier Alexandre et Pauline Flepp, Paris, Gallimard, 2023.

[3] Philippe Joyaux qui vient d’avoir 20 ans rencontre pour la première fois Ponge fin 1956 en assistant à ses conférences sur la littérature à l’Alliance française.

[4] Ponge – Sollers, Correspondance, op. cit., lettre du 5 avril 1957, p. 53.

[5] Op. cit., lettre du 28 novembre 1957, p. 63.

[6] Op. cit., lettre du 5 septembre 1960, p. 137.

[7] Op. cit., agenda du 3 décembre 1959, p. 123.

[8] Cette correspondance n’est qu’un indice que ce qu’a pu être cette relation et cette complicité. Sollers et Ponge se voyaient très souvent et passaient des heures à discuter en usant de l’art de la conversation, à écouter de la musique ensemble, notamment du Rameau, et à partager leurs goûts pour les arts et la littérature. Sollers écrit dans Un vrai roman. Mémoires, en 2007 : « Je vais voir Ponge chez lui, rue Lhomond, près du Panthéon, au moins une fois par semaine. [] J’arrivais, je m’asseyais en face de lui dans son petit bureau décoré par Dubuffet, j’avais des questions, il parlait, je le relançais. ». Voir à ce propos l’Annexe 2 de cet article.

[9] Didier Alexandre et Pauline Flepp, « Introduction », dans Correspondance (1957-1982), op. cit., p. 46.

[10] Sollers, « Ponge en abîme », 5 février 1999, Le Monde, texte repris in Éloge de l’infini, 2001, coll. Folio (2003), p. 590.

[11] Francis Ponge, « La pratique de la littérature », Mercure de France, juillet 1960, repris dans Méthodes, in Œuvres complètes, t. I, éd. Bernard Beugnot, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1999, p. 670.

[12] Op. cit., lettre du 17 juillet 1960, p. 129.

[13] Lettre de Philippe Sollers à Jean de Boisrouvray, citée dans Correspondance, op. cit., p. 102

[14] Ibid. De Natura Rerum de Lucrèce devient un livre essentiel pour les deux hommes.

[15] Ibid.

[16] Francis Ponge, Pour un Malherbe [1965], dans Œuvres complètes, t. II, éd. Bernard Beugnot, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 2002, p. 1-289.

[17] Op. cit., lettre du 8 janvier 1962, p. 171, Sollers écrit à Ponge : « Le Grand Recueil ne se lit pas : il se pratique. »

[18] Ponge – Sollers, Correspondance, op. cit., p. 53.

[19] Op. cit., p. 55.

[20] Ibid.

[21] Malgré cette démarche de Ponge, Marcel Arland, au nom de la NRF, refusera le texte de Philippe Joyaux, Introduction aux lieux d’aisance, texte jugé « scatologique » et « obscène » ; qui paraîtra son sans nom d’auteur dans le numéro 2 de la revue Tel quel durant l’été 1960.

[22] Philippe Forest, Histoire de Tel Quel, Paris, Seuil, 1995, p. 25.

[23] Le numéro 1 de Tel Quel parait en mars 1960. Philippe Sollers projette de faire une préface dont nous citons quelques lignes en annexe de cet article. Il était question pour Sollers de « mettre la poésie à la plus haute place de l’esprit. Tout le reste ne sera pas littérature. » Ce texte est clairement inspiré des rencontres avec Ponge. D’ailleurs, à la place de cette préface, Sollers et le comité de rédaction de la revue choisissent de mettre en avant la poésie de Ponge qui ouvre ce numéro 1.

[24] Ponge – Sollers, Correspondance, op. cit., lettre du 5 septembre 1960, p. 137.

[25] Op. cit., lettre du 6 septembre 1960, p. 140-141. Sollers écrit le 2 janvier 1967 : « Cette amitié est, vous le savez, un des grands moments de ma vie. [] J’ai hâte de vous parler à nouveau. », p. 309.

[26] Op. cit., lettre du 12 juillet 1961, p. 156.

[27] Op. cit., lettre du 13 juillet 1961, p. 158.

[28] OC II, in L’Atelier contemporain, p. 613-638.

[29] Ponge – Sollers, Correspondance, lettre de juin 1964, p. 232.

[30] Op. cit., lettre du 12 juillet 1965, p 265 : « Je travaille à un Dante, qui sera peut-être suivi d’un Bellini… »

[31] Op. cit., lettre du 13 août 1963, p 209.

[32] Sollers écrit en 2007, dans Un Vrai roman. Mémoires : « Jusqu’en 1968, Idylle. Ensuite, on s’énerve, moi surtout. Raisons apparemment politiques, mais en réalité littéraires (Malherbe, sans doute, mais n’exagérons rien), et métaphysiques (le matérialisme de Lucrèce, pourquoi pas, mais pas sur fond de puritanisme protestant) ». Même s’il exagère son avis sur Pour un Malherbe qu’il encense à sa première lecture, il touche à des points de discordance qui se retrouvent tout au long de leurs échanges en toile de fond, par petites touches.

[33] Op. cit., p. 256-257. 

[34] Op.cit., lettre du 14 juin 1966, p. 283.

[35] Op. cit., lettre de Philippe Sollers à Marcelin Pleynet d’octobre 1966, pp. 292-298.

[36] Ibid.

[37] Op. cit., brouillon du 9 mai 1968, p. 338.

[38] Op. cit., lettre non envoyée du 4 septembre 1968, p. 348.

[39] Ibid.

[40] Dans les Entretiens, Ponge exprime sa politique : « Du point de vue, si vous voulez, de la forme même de mes textes, c’était la forme de la bombe, et la préparation, la longue préparation de la bombe qui m’intéressait, et je me retirais pour faire cela. Je ne participais donc pas aux actions extérieures, je me renfermais et je préparais mon engin. », Seuil/Gallimard, Points essais, p. 62.

[41] Ibid., lettre non envoyée du 20 janvier 1973, p. 463.

[42] Jean-Marie Gleize, Francis Ponge, Coll. Les contemporains, éditions du Seuil, 1988, p. 226

[43] Ibid.

[44] Op. cit., dans sa lettre du 1er août 1970, Ponge parle des Entretiens comme d’une « solitude-à-deux », p. 422.

[45] Didier Alexandre et Pauline Flepp, « Introduction », dans Correspondance (1956-1982), op. cit., p.16.

[46] L’année 1973, les deux hommes n’échangent plus de lettres. Il nous reste les brouillons non envoyés de Francis Ponge. La dernière lettre de Sollers à Ponge date du 19 octobre 1972, où il écrit qu’il se concentre sur ses propres projets d’écriture. Il explique que son cas « implique non pas fuite, mais approfondissement et silence (pas du tout, donc, refoulement, agressivité, jalousie ou “passage à autre chose”, par exemple de plus “commode”). Je pars évidemment du postulat, dont je m’aperçois que j’étais devenu presque seul à le partager, que j’ai à écrire des choses plutôt importantes. Et qu’en conséquence, je ne saurais avoir ni le tissu ni l’horizon d’un exécutant simple. Autrement dit, on a mis ces dernières années beaucoup d’eau dans mon vin. Mais le vin est le vin, en somme. » Ibid. pp. 459-460.

[47] Cf. Jean-Marie Gleize, Francis Ponge, Op. cit., p 220 et Philippe Forest, Histoire de Tel Quel 1960-1982, Op. cit., p. 468-471.

[48] Ibid., lettre du 1 janvier 1982, p 465.

[49] « La Mort de Francis Ponge. La société du génie », Le Monde, 9 août 1988.

 

twitter
rss